La co-écriture Imprimer Email

Un grand plaisir !

Pour l’écrivain que je suis, il se présente un autre genre de défi. Un exercice de style plus léger que n’importe quel récit autobiographique ou roman exhumé des profondeurs de mon inconscient. J’ai aimé cela.

Il s’agissait d’aller au-devant d’une aventure humaine extérieure à moi, de me mettre à l’écoute d’une sensibilité dont je devais deviner aussi ce qui n’était pas formulé. Entendre les silences, capter les retenues, oser les questions qui peuvent toucher douloureusement les cordes sensibles, mais provoquent une ou plusieurs réponses. C’est le moment d’observer la manière dont elles sont reçues, de tendre la main, de tendre les mots…

Puis, la cassette d’enregistrement toujours semi pleine - on sait que le plus difficile à exprimer est précisément ce qui touche au plus intime, ce qui touche à l’objet du livre, ce que l’on retient – il commence à être temps de rédiger, de mettre en forme, en tenant compte des gouffres de silence sur lesquels je tente de jeter des passerelles d’après ce que je devine. Mon co-auteur lira, nous approfondirons l’entretien jusqu’au seuil toléré. Et je devrai trouver les mots qui font vibrer, les mots pudiques pour dire ce qui paraît si effroyable pour « l’autre » dont je ne suis que la plume, le metteur en scène.

Mon plaisir est de trouver l’angle de la narration, le ton qui lui convient, et de donner un récit fort, touchant, avec les éléments qui m’ont été confiés. Dans cette circonstance, ma chance est de n’être pas l’objet des tourments que l’on me raconte, d’avoir le recul pour penser assez rapidement à la mise en perspective des événements, des émotions, des silences…

J’ai l’impression, alors, de m’appliquer à faire un beau tableau avec des couleurs qui ne sont pas les miennes.

Brigitte Lozerec'h, 2009

 
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