Autour de Shakleton Imprimer Email

Ce que j’ai connu grâce à Shackleton :

Tout d’abord, un voyage inoubliable dans les glaces de l’Antarctique. C’est comme si j’étais allée au pays des fées car le paysage n’existe que le temps de le voir. Ses icebergs aux formes indéfinissables et aux couleurs opalescentes ou parfois d’un blanc trop éblouissant, tantôt hauts comme des immeubles de plusieurs étages, tantôt semblables à des flotteurs moins considérables où se vautrent des éléphants de mer et s’agglutinent des colonies de manchots avant de se laisser glisser dans l’eau, dérivent mollement sur une mer couleur d’étain liquide. Crevant puissamment la surface, passent des baleines.

Une exposition à la Corderie Royale de Rochefort sur l’épopée légendaire de sir Ernest Shackleton et de ses vingt-sept compagnons d’expédition après l’abandon de leur trois-mâts, l’Endurance, irrémédiablement endommagé par l’épaisse glace de la mer de Weddell (plus de trois fois la surface de la France) où il disparaîtra en peu de temps. Les hommes étaient alors à plus de 2 000 kilomètres de tout secours humain. Ainsi, sur la vase des marais qui bordent la Charente près de son embouchure, dans le décor majestueux du bâtiment en pierre de 374 m de long créé sous Louis XIV, c’est un honneur que d’avoir collaboré à un tel projet. Belle occasion de flâner dans une ville mythique pour la Marine (reconstruction à l’identique de l’Hermione, musée de l’Ecole de Médecine Navale – dernier cabinet médical d’histoire naturelle d’Europe), pour la littérature (incontournable visite de la maison de Pierre Loti), et enfin pour le cinéma (ne jamais oublier Les Demoiselles de Rochefort du regretté Jacques Demy).

Et puis, donner une conférence dans la salle du Palais de la Découverte, aile ouest faisant partie du Grand Palais inauguré le 1er mai 1900, pour faire connaître et aimer ces aventuriers nés sous le règne de la reine Victoria, et qui ont foulé pour la première fois le cœur de l’Antarctique à l’aube de notre XXe siècle, voilà qui suffisait à m’enthousiasmer.

À Bordeaux, à Poitiers, à Rochefort ou à Limours, rencontrer un public dont la curiosité m’incitait à laisser libre cours à mon engouement pour le destin de celui qui avait rêvé de gloire dans sa jeunesse et s’en est allé mourir avant la cinquantaine entouré de ses seuls compagnons d’aventure dans une île perdue, gelée, coiffée de glaciers dans les terribles Cinquantièmes de l’Atlantique sud, bien loin des lumières trompeuses de la grande ville de Londres qui ne l’éblouissaient plus. Entre temps, il avait « touché l’âme nue de l’homme » en allant au bout de ses forces.

Brigitte Lozerec'h, 2009

 
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